VENISE, CAPITALE DE TOUS LES ARTS AU 18ème SIECLE

    Son essor marchand, son organisation politique ont fait de la République de Venise la puissance dominante de la Méditerranée au 14e siècle.

    Au 18e siècle, les constructions de Venise sont terminées, la ville s’est transformée et embellie petit à petit, les bâtiments ont été plusieurs fois rebâtis ou restaurés, mais la place manque.

    La Sérénissime a toujours célébré les arts – peinture, sculpture, architecture, arts décoratifs, rapportant les matériaux les plus nobles pour ses édifices grâce à ses liens commerciaux avec l’Orient.

    Au 18e siècle, tous les arts, y compris ceux de la fête, des jeux et des plaisirs, font la renommée de la cité. Venise brille de tous ses feux sur le plan artistique.

    La Sérénissime devient alors, l’une des étapes obligées du “grand tour”, l’un des rendez-vous de l’élite européenne.

    1. Le 18e siècle, siècle de l’art

    Celui de Gian Baptista Tiepolo (1696-1770), peintre et décorateur ; il donne sa mesure dans les fresques, les grands murs, les plafonds immenses. Il sera le symbole de la grande peinture murale décorative et le successeur du grand Véronèse.

    De 1737 à 1739, il travaille à Venise, au plafond et au chœur de l’église des Jésuites. Le roi d’Espagne l’attire à sa cour en 1762.

    Son fils aîné, Gian Domenico Tiepolo (1727-1804), est original dans l’exécution des foules délirantes, des bousculades joyeuses, des pierrots et polichinelles.

    Les tableaux de Pietro Longhi (1701-1785) racontent la douceur du foyer et la vie quotidienne, au jour le jour.

    Venise, croquée et peinte, par les Vedutisti qui donnent de la ville des images fidèles. C’est à Venise que se développe le genre de la veduta (ce qui se voit, et donc comment on le voit) qui devient un genre à part entière, se distinguant du paysagisme.

    La ville devient le sujet du tableau : le paysage est urbain.

    Le grand maître est Giovanni Antonio Canal dit Canaletto (1697-1768) qui naquit près du Rialto.

    Il immortalise la Venise de l’imaginaire collectif à travers plusieurs centaines de dessins et peintures. Il observe, dessine in situ et utilise une chambre optique ; c’est la méthode Canaletto.

    Sa peinture est lisse, fluide, les perspectives minutieusement rendues. Il déborde des commandes de la Cour d’Angleterre et de son aristocratie.

    Au contraire, Francesco Guardi (1712-1793) aime à rendre l’atmosphère d’un orage et enveloppe Venise de lumière dans les nuances de gris ; il a, dit le poète du 19e siècle, Henri de Régnier, ‘‘la science des ciels et des eaux’’.

    Les étrangers raffolent des peintures de l’Ecole vénitienne, ils accourent. 30 000 étrangers vivent alors à Venise.

    La peinture est le plus riche héritage du siècle.

    Siècle de la mise en scène du caractère vénitien par Carlo Goldoni (1707-1793).

    Auteur dramatique, homme des temps nouveaux, il ramène le théâtre à la représentation la réalité humaine et quotidienne.

    Dans ses comédies, dont le valet de deux maîtres, transparait la joie de vivre des Vénitiens.

    La Locandiera fut l’une des premières pièces de théâtre jouées sans masque, car Goldoni était contre cette pratique.

    Siècle de Giacomo Girolamo Casanova (1725-1798), aventurier, voyageur, séducteur, espion, diplomate, touche à tout, écrivain  – l’histoire de ma vie, rédigé  dès 1789 constitue un guide de voyage dans l’Europe du 18e siècle – mais il revendiquera toujours sa qualité de « Vénitien ».

    Sa figure avenante, ses manières aisées, sa parole facile et persuasive lui ouvrent les maisons aristocratiques et les Casa (palais).

    Siècle de la musique ; les virtuoses et les castrats tel Farinelli, extasient le public.

    Antonio Vivaldi (1698-1741), musicien virtuose, est maître de chapelle, violoniste au séminaire musical de l’Ospedale della Pietà où sont élevées de jeunes orphelines à qui il enseigne le chant et le violon.

    La rumeur prétendait que derrières les murs, la vie n’était pas très monacale !

    Vivaldi a composé plus de 450 concerts dont le plus fameux, “Les 4 Saisons”.

    A qui ressemblait Vivaldi : deux propositions ?

    Les concerts où les jeunes filles chantent derrière les grilles représentent une attraction pour les mélomanes tout à la fois enthousiastes et intrigués.

    Ces concerts sont connus de l’Europe entière comme étant d’une exceptionnelle virtuosité.

    La musique est omniprésente ; c’est l’art de toutes les fêtes.

    « Quand je cherche un synonyme pour musique, je ne trouve jamais que ce mot, Venise. » Ecrit, le philosophe et poète, Niezsche

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    2. Le 18e siècle, siècle des fêtes et du plaisir

    Elle se succèdent d’une façon presque continue.

    Le Doge fête encore les épousailles avec la mer, avec un faste immuable bien que les derniers domaines coloniaux soient à jamais perdus. Célébré le jour de l’Ascension, ce mariage symbolise la domination de Venise sur les eaux et se manifeste par le lancer d’un anneau d’or dans l’Adriatique par le Doge, coiffé de sa corne ducale, depuis sa galère d’apparat, le bucentaure, par ces mots ‘‘Nous t’épousons, mer, en signe de véritable et perpétuelle domination’’.

    L’art traduit le climat politique ; Venise consciente de sa faiblesse s’éloigne des affaires internationales, les conflits ensanglantent l’Europe, elle se lance dans une floraison artistique et culturelle, mais aussi dans une liberté de mœurs qui frise la licence.

    Lorsque le Doge Régner meurt, on n’annonce pas sa mort car le carnaval bat son plein et il ne faut pas troubler les festivités.

    Dans ce climat de fête, les Vénitiennes, protégées par la bauta et le tabarro, ont une totale liberté en compagnie de leurs galants.

    Venise devient la capitale du plaisir.

    Le carnaval – qui dure 6 mois, où chacun va masqué, du Doge aux servantes, abolissant ainsi la barrière sociale, où toutes les libertés sont permises – dont on parle tant en Europe, donne lieu à des réjouissances qui ‘‘dépassent tout ce qui peut se faire ailleurs de plus magnifique et de plus galant’’ !

    Deux-cents cafés et petits casini sont toujours ouverts où les intrigues se nouent, le Ridottoun lieu, où chacun porte un masque, où rois, prostituées, ambassadeurs, aventuriers, aristocrates et usuriers jouent côte à côte, dans une promiscuité typique du carnaval vénitien -, est le point de rendez-vous favori de ceux qui veulent s’amuser à Venise ; il n’y a que des nuits blanches.

    Les églises sont les lieux de rendez-vous mondains, les parloirs des couvents sont des salons où l’on bavarde en buvant du chocolat.

    Tout ce qui est grave perd son importance ; faire rire est le talent sublime.

    Tout est prétexte à réjouissances dans les palais et dans les rues : les concerts, les réceptions, les régates, les processions, l’arrivée d’un prince, etc. L’inutile devient indispensable.

    La police (les inquisiteurs) est puissante, ses espions n’ignorent rien des agissements de chacun mais ils n’interviennent que sur les questions politiques et religieuses.

    La population pratique des métiers de fêtes, perruquier, couturier, usurier, musicien, croupier, fille galante, entremetteuse….

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    3. Le 18e siècle, les palais appelés Ca’

    La Cité est appauvrie mais compte toujours de grandes fortunes.

    De nouveaux palais, appelés Ca’Ca’ vient du dialecte vénitien qui signifie « maison » – se construisent. Par son opulence et la richesse de sa décoration intérieure, celui de la famille Rezzonico sur le Grand Canal, est parmi les plus emblématiques du siècle.

    Les aristocrates ont, leur palais en bord du canal de la Venta où ils passent l’été et huit ou dix gondoles devant l’entrée d’eau de la Ca’.

    Les plus grands artistes collaborent à la réalisation de stucs et de fresques, amours, guirlandes, feuillages dans des tons pastel ornent les salons éclairés par des appliques en cristal de Briati, verre de Murano et s’accordent à un mobilier exubérant tout en courbes et ornements rococo.

    A savoir que le grand architecte Palladio (1508-1580) a réactualisé l’architecture antique de nombreux palais et villas de la cité vénitienne.

    Le 12 mai 1797, la Sérénissime meurt sans combattre

    Au cours des vingt dernières années du siècle, en dépit du faste des fêtes officielles, la Sérénissime s’étiole, l’économie stagne et Venise perd son attractivité commerciale.

    Elle n’en continue pas moins à étaler ses fastes et ses arts jusqu’au 12 mai 1797 où cédant aux menaces de Bonaparte, le Grand Conseil décida de voter l’abolition des institutions de la République qui régissaient la cité-État depuis le Moyen Age.

    Apparaissent ainsi les faiblesses du régime aristocratique qui n’a pas résisté à la campagne d’Italie conduite par Bonaparte.

    Le Doge qui occupait à vie, la plus haute charge de la République avait progressivement perdu ses pouvoirs, aux 12e et 13e siècles, au profit du Grand Conseil, une assemblée législative, souveraine, composée des membres de grandes familles vénitiennes.

    Venise est ensuite occupée alternativement par les Français et les Autrichiens, entre 1797 et 1866, date à laquelle elle est rattachée au royaume d’Italie.

    Aujourd’hui, avec environ vingt millions de visiteurs par an, Venise où — « les lions sont couchés devant le seuil des portes » — dans les mots de Jean Cocteau — n’a rien perdu de ses enchantements.

    Texte proposé par Solange Bouvier

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