LES RELIQUES DE SAINT MARC
    ARRIVENT A VENISE EN VOYAGEANT
    DANS LA VIANDE DE PORC

    Deux des trois colonnes de la Piazetta San Marco portent à leur sommet les deux saints patrons de la ville de Venise. Saint Marc, un des quatre évangélistes, symbolisé par le lion ailé et saint Théodore tuant le dragon, premier saint patron de la cité, quand elle était encore sous l’empire byzantin, puis détrôné vers 828/829 par saint Marc quand ses reliques ont été rapportées d’Alexandrie d’Egypte à Venise.

    Concurrence entre saint Théodore Tiron et saint Marc ?

    De fait, jusqu’à la fin du 12e siècle, les deux saints seront honorés à “parts égales” par Venise.

    Mais, peu à peu, les origines de saint Marc sont également un élément puissant pour permettre à Venise d’affirmer son indépendance.

    Si saint Théodore était byzantin, saint Marc est arrivé à Venise “en direct” de l’Orient, en provenance d’Alexandrie en Égypte. Pour Venise, l’indépendante, ce saint protecteur présente l’avantage de n’être affilié ni à Rome, ni à Byzance.

    La posture de Venise en construisant la basilique dédiée à saint Marc est donc tout autant religieuse que politique.

    La légende du songe de saint Marc

    Selon la légende vénitienne saint Marc aurait fait un songe au cours duquel un ange lui aurait dit que sa destination ultime serait….Venise.

    Les paroles de l’ange, se traduisant ainsi, “Que la Paix soit avec toi, Marc mon Évangéliste” ont été immortalisées  en de  multiples  endroits  sur les

    murs de Venise ; c’est la devise qui figure dans le drapeau de la région de Venise.

    La légende de Saint-Marc est encore représentée sur le portail central de la basilique Saint-Marc ; représentée par un homme barbu endormi.
    Il s’agit de saint Marc faisant son rêve prémonitoire, sa “praedestinatio”.

    Qui était saint Marc ?

    Son véritable nom juif est Jean, son surnom romain est Marcus. Avant de migrer en Palestine, saint Marc était, selon la tradition copte orthodoxe, originaire de la ville romaine de Cyrène de l’actuelle Libye où il serait né trois ans après la naissance de Jésus.

    Disciple des apôtres Pierre et Paul, Marc est venu évangéliser l’Égypte en 43 après Jésus-Christ. Il y aurait fondé une communauté chrétienne et y serait mort en martyr, un 25 avril vers 68/75.

    Après avoir été embaumées, ses reliques auraient été conservées dans une chapelle du petit port de pêche de Bucoles proche d’Alexandrie, lieu de son exécution. C’est dans ce lieu saint que les patriarches coptes venaient se faire ordonner.

    Suite du texte en haut à droite

    Drapeau de la région de Venise
    Drapeau de la région de Venise
    Dans les mosaïques : translation de Saint-Marc
    Dans les mosaïques : translation de Saint-Marc

    La rocambolesque translation des reliques de Saint-Marc jusqu’à Venise

    Au Moyen Âge, le vol de reliques était pour une cité le moyen d’accroître son rayonnement.

    En 826/827, outre la dévotion populaire pour saint Marc, la possession de ses reliques représentait pour Venise un prestige considérable : Rome avait Pierre, elle aussi aurait « son apôtre ». Sans oublier que ce prestige s’accompagnerait de revenus financiers, générés par les pèlerins.

    C’est ainsi que Giustiniano Participazio, onzième doge de Venise paie deux marchands vénitiens pour subtiliser les reliques de saint Marc dans la petite chapelle où elles sont déposées depuis sa mort.

    A l’automne 827, Andrea il Torcellese met donc le cap sur l’Égypte, à bord d’un navire armé pour l’occasion, le San-Nicola, contrevenant aux ordres de l’Empire byzantin qui interdisait tout commerce avec les Musulmans.

    Il prend aussi le risque d’être capturé par les Musulmans qui administrent l’Égypte.

    Parvenu à la chapelle du port de Bucoles, il parvient à dérober les reliques à la barbe des Coptes.

    Il les glisse ensuite dans un récipient contenant du chou et du porc, et elles échappent ainsi au contrôle des douaniers musulmans, qui ne peuvent pas se souiller au contact d’un animal qu’ils qualifient d’impur.

    En 828, le retour de l’équipage d’Andrea il Torcellese, est triomphal.

    Un litige millénaire entre Chrétiens coptes et Chrétiens Italiens

    Si l’opération a été menée aux dépens des Byzantins et des Musulmans, les principaux perdants, sont les Coptes, qui n’ont pas été consultés !

    Ce vol de reliques a durablement empoisonné les relations entre Chrétiens coptes et Chrétiens italiens.

    Au cours des siècles, les papes coptes ont entrepris des démarches auprès du Vatican pour que le fondateur de leur Église leur soit restitué. C’est en 1968, sous le pontificat du pape Paul VI (1963-1978) qu’une partie des reliques fut restituée aux coptes. Il s’agit vraisemblablement d’une « relique de contact », c’est-à-dire d’une étoffe qui a été mise en contact avec la tombe du saint et non de toutes les reliques de la basilique Saint-Marc qui sont restées sur place. Cette relique repose aujourd’hui sous l’autel de la cathédrale Saint-Marc du Caire.

    Les Vénitiens n’étaient sans doute pas prêts à laisser le saint protecteur de la ville quitter la Sérénissime !

    L’origine de la basilique Saint-Marc

    Les marchands remettent les reliques au Doge, qui les installe dans une chapelle ducale attenante au palais des Doges, la future basilique.

    La réalisation de la Basilique de Saint-Marc a commencé en 828 et a été terminée en 832.

    Cette basilique, située sur la place Saint-Marc avait pour but de rivaliser avec celle de Rome qui abriterait des reliques de saint Pierre.

    Les mosaïques de la basilique, couvertes d’or, racontent comment les reliques auraient rejoint Venise, avant que saint Marc, symbolisé par le lion auréolé, ailé, et posant la patte sur un livre, ne devienne l’emblème de la ville.

    Après l'incendie, les reconstructions de 976-1094
    Après l'incendie, les reconstructions de 976-1094
    La basilique Saint-Marc, aujourd'hui
    La basilique Saint-Marc, aujourd'hui

    Texte proposé par Solange Bouvier

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