LES DIX GRANDES PANDEMIES QUI ONT MARQUE L’HISTOIRE

    L’actuelle épidémie du Covid-19 est loin d’être une première dans l’Histoire.

    Ayant touché en 1918-1919, entre un tiers et la moitié de la population mondiale,  la ‘‘grippe espagnole’’ a tué entre 20, 50, voire 100 millions de personnes, selon les estimations.

    Cependant, la première pandémie de l’Histoire remonte, elle, au 5e siècle avant Jésus-Christ.

    Je vous propose un tour d’horizon des grands fléaux sanitaires qui ont frappé l’humanité depuis l’Antiquité, provoquant la mort de millions d’individus.

    Epidémie ou pandémie, quelle différence ?

    Une épidémie (du grec epi qui signifie au-dessus, et demos, peuple) est la propagation rapide d’une maladie infectieuse à un grand nombre de personnes, le plus souvent par contagion.

    Si elle reste contenue dans une zone bien définie du globe, on ne parle pas de pandémie.

    Le mot pandémie (du grec pan, qui signifie tous), lui, s’applique en cas de propagation à la population de tout un continent, voire du monde entier.

    Seule l’O.M.S. (Organisation Mondiale de la Santé, créée en 1948) peut déclarer une pandémie.

    1. Au 5e siècle avant J.C., la peste d’Athènes marque le déclin de l’âge d’or athénien

    La civilisation grecque, avec Athènes en tête de proue, est alors florissante.

    Entre 430 et 426, avant notre ère, une vague de fièvre typhoïde frappe le berceau de la démocratie. Elle aurait emporté un tiers de la population de la cité, qui comptait environ 200000 habitants et notamment le grand Périclès, stratège militaire et homme d’État.

    Venue du Nord de l’Afrique, d’abord Éthiopie, puis Égypte et Libye, la maladie est apparue à Athènes au moment du siège de la ville par Sparte, lors de la guerre du Péloponnèse.

    La peste dans une cité antique Peinture de Michael Sweerts (1652)

    La peste dans une cité antique
    Peinture de Michael Sweerts (1652)

    2. Fin de l’an 165 ou au début de l’an 166, la peste Antonine frappe l’Empire romain

    Il s’agit sûrement de la première épidémie de variole en Occident. Elle prit le nom de la dynastie alors au pouvoir dans l’empire romain, celle des Antonins.

    Pendant le règne de Marc-Aurèle, l’Empire romain est en proie à une épidémie redoutable et prolongée,
    la « peste antonine » ou peste galénique.

    Commencée fin de l’année 165 ou au début de 166, en Mésopotamie, pendant la campagne parthique de Vérus, elle gagne Rome en moins d’un an.

    La pandémie durera au moins jusqu’à la mort de Marc-Aurèle en 180, et sans doute pendant la première partie du règne de Commode.

    Elle aurait considérablement réduit la population romaine, faisant près de 10 millions de morts entre 166 et 189.

    3. Entre les 6e et 8e siècles, la peste de Justinien affaiblit l’empire romain d’Orient

    Appelée également pestis inguinaria ou pestis glandularia en latin, c’est la première pandémie connue de peste. L’Europe et l’Asie sont alors en proie à la peste bubonique.

    La grande puissance est alors l’empire byzantin romain d’Orient avec à sa tête, l’empereur Justinien, l’une des principales figures de l’Antiquité tardive. Cet empire jouissait d’une puissance militaire et économique considérable.

    Là encore, la peste prend le nom de la dynastie au pouvoir dans l’empire romain d’Orient, Justinien.

    La pandémie atteint son paroxysme lors de la deuxième partie du 6e siècle, mais elle restera présente encore deux-cents ans, arrivant par vagues (on en comptera une petite vingtaine). L’évêque et historien, Grégoire de Tours, l’appelait la Maladie des aines, les bubons se développant principalement sur cette partie du corps humain.

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    Il évoque dans son Histoire des Francs cette «épidémie incendiaire» qui frappe à plusieurs reprises la cité phocéenne, avant d’atteindre Clermont-Ferrand, Paris et la vallée du Rhin.

    Pour certains, cette épidémie est partie d’Égypte. Pour d’autres, elle serait venue d’Asie centrale et aurait été propagée par la Route de la Soie.

    Sans aucun doute, elle a été véhiculée par les premiers échanges commerciaux. Les estimations des victimes varient de 25 à 100 millions de morts ; soit un tiers à la moitié de la population de l’époque.

    Avec 10 000 morts par jour, Constantinople aurait ainsi perdu, en un été, 40 % de sa population.

    L’impact du fléau affaiblira et empêchera de refonder un empire romain unifié.

    La Peste d’Ashdod »

    La Peste « d’Ashdod »
    Tableau peint par Nicolas Poussin en 1631

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    4. De 1347 à 1353, l’Europe victime de la peste noire au Moyen Age

    « La grande peste » du Moyen Age est, en Occident, profondément ancrée dans la mémoire collective.

    En quelques années, de 1347 à 1353, cette infection bubonique, une bactérie qui se transmet à l’homme via la puce, aurait tué de 25 à 34 millions de personnes dans une Europe en plein essor, démographique, agraire et économique (40 % de la population).

    La peste noire, « Le Triomphe de la Mort » Par Pieter Brueghel l’Ancien, 1562.

    La peste noire, « Le Triomphe de la Mort »
    Par Pieter Brueghel l’Ancien, 1562.

    Une fois de plus, les facteurs de propagation sont la guerre puis le commerce.

    Le foyer serait venu d’Inde ou de Chine. Arrivés sur les bords de la Mer Noire, les cavaliers Mongols auraient amené le bacille avec eux à travers les steppes asiatiques.

    Dans le port de Caffa (Théodosie), colonie génoise en Crimée, ils attaquent les comptoirs commerciaux.

    En une année, les riches cités portuaires du bassin méditerranéen que sont, Constantinople, Messine, Gênes, Venise et en France, Marseille, alors prospères, sont touchées les unes après les autres. C’est à cette époque que fut instaurée la mise en « quarantaine ».

    Enterrement des pestiférés Tapisserie La peste noire de Tournai

    Enterrement des pestiférés
    Tapisserie La peste noire de Tournai

    Deuxième moitié du 19e siècle, la peste fera son grand retour et ressurgira sur les hauts plateaux chinois. D’Asie, elle se répandra ensuite en Orient, surtout sur le pourtour de la mer Rouge. Les ports seront des cibles de choix, d’où des mises en quarantaine de villes portuaires, jusqu’au milieu du 20e siècle, comme Marseille en 1902…

    La dernière quarantaine en Europe sera mise en place à Ajaccio, en Corse, en 1945.

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    5. Au 17e, 18e et début du 19e siècle, la fièvre jaune sévit à plusieurs reprises

    La fièvre jaune, appelée aussi vomito negro (vomi noir) ou peste américaine, est une maladie hémorragique virale aiguë transmise par des moustiques infectés. Le terme jaune fait référence à la jaunisse présentée par certains patients.

    Le mal serait né, non pas en Asie (continent qu’il n’a jamais touché), mais dans les régions tropicales des Amériques où une grande épidémie touche le Yucatan au Mexique en 1648. La fièvre jaune affectera les Européens en grand nombre, freinant la colonisation qui aurait pu être encore plus rapide.

    D’autres vagues suivront à travers le temps.

    Fin du 18e siècle, la maladie tue 10 % de la population de la ville Philadelphie.

    En 1821, un bateau parti de Cuba ravage Barcelone, faisant 20 000 morts.

    Les Français durent souvent faire face à la fièvre jaune qu’ils appelèrent « typhus amaril » quand ils y furent confrontés en Guyane en 1763.

    Les quelques rescapés de l’épidémie se réfugièrent sur les îles du Diable, devenues pour l’occasion les îles du Salut.

    La fièvre jaune provoqua également un désastre dans le corps expéditionnaire français envoyé en 1802 à Saint-Domingue pour mater le soulèvement des autochtones conduits par Toussaint Louverture.

    La bataille de Saint-Domingue

    La bataille de Saint-Domingue

    Selon l’O.M.S., la fièvre jaune frappe encore de nos jours, en Amérique du Sud (notamment le Venezuela) et en Afrique subsaharienne (Angola).

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    6. En 1832, la deuxième pandémie de choléra sème la panique en France

    Vers 1826, le choléra-morbus fait son apparition en Inde, gagne Moscou et la Russie en 1830, y provoquant des émeutes, puis la Pologne et la Finlande.

    Ce mal meurtrier, jusque-là inconnu, atteint Berlin en 1831, les îles Britanniques en février 1832, provoquant également des émeutes, et la France en mars de la même année, semant la panique.

    À Paris, le premier cas de choléra est attesté le 26 mars 1832. En six mois, l’épidémie fera plus de 100 000 morts, dont Casimir Périer, le vigilant ministre de l’Intérieur qui avait pris des dispositions de prévention dès la fin 1830.

    A savoir que la pandémie a inspiré à Jean Giono son roman « Un Hussard sur le toit » (1951) adapté en 1995 au cinéma par Jean-Paul Rappeneau.

    Arrivée au Québec avec des immigrants irlandais, toujours en 1832, la maladie tue 1 200 personnes à Montréal et 1 000 dans le reste de la province, puis s’étend en Ontario et en Nouvelle-Écosse. Des passagers la font entrer aux États-Unis par Détroit et New-York.

    La pandémie atteint l’Amérique du Sud en 1833 et perdure jusqu’en 1848, faisant 52 000 victimes en deux ans.

    Actuellement, l’O.M.S. estime ‘‘à près de 3 millions le nombre de cas et à plus de 95 000 le nombre de décès dus à cette maladie chaque année dans le monde’’.

    7. En 1918, la grippe espagnole fait des ravages, à la fin de la Première Guerre mondiale

    La pandémie de grippe espagnole, apparue à la fin de la Première guerre mondiale, dès 1916-1917, aura touché entre 1/4 et 1/3 de la population mondiale.

    La maladie est responsable de 25 à 100 millions de morts, soit bien plus que le bilan de la Première Guerre mondiale qui a causé 18 millions de victimes. Elle a marqué l’inconscient collectif au point d’incarner l’essence du fléau épidémique, au même titre que la peste.

    L’agent infectieux serait né d’une souche humaine et de gènes aviaires.

    Importée vraisemblablement de Boston par les soldats américains, elle sera surnommée « grippe espagnole » parce que l’Espagne, non concernée par le secret militaire, parce que non impliquée dans le conflit mondial, sera la première à la mentionner publiquement.

    La pandémie, la plus dévastatrice de l’histoire, touchera presque tout le globe.

    Malgré un taux de mortalité de « seulement » 2 à 4 %, elle fera 165 000 morts en France.

    Un hôpital italien, Pendant l’épidémie de grippe espagnole

    Un hôpital italien
    Pendant l’épidémie de grippe espagnole

    Hôpital au Kensas en 1918 Pendant épidémie de grippe espagnole

    Hôpital au Kensas en 1918
    Pendant épidémie de grippe espagnole

    Membres de la Croix-Rouge portant des masques pendant épidémie de grippe – Saint-Louis (Missouri) en octobre 1918

    Membres de la Croix-Rouge portant des masques
    Pendant épidémie de grippe espagnole
    Saint-Louis (Missouri) – Octobre 1918

    La plupart des victimes mouraient de surinfection bactérienne, en l’absence, à l’époque, d’antibiotiques. Parmi les victimes de la maladie, le président américain Woodrow Wilson, le poète français Guillaume Apollinaire et l’écrivain français Edmond Rostand, l’artiste autrichien Egon Scheile ou encore l’économiste et sociologue allemand Marx Weber.

    8. En 1956, arrivée de la grippe asiatique, le H2N2

    Un nouveau virus grippal (H2N2) apparaît au Japon et se répand en Asie. Cette pandémie, qui a frappé en deux vagues virulentes, est à l’origine de la mort d’environ 4 millions de personnes.

    Le virus apparaît dans une province méridionale de la Chine, en février 1957. Il a fallu plusieurs mois avant qu’il n’atteigne l’Amérique (70 000 morts aux Etats-Unis) et l’Europe.

    l’épidémie de grippe espagnole La bataille de Saint-Domingue Traitement épidémique de la grippe asiatique dans un hôpital de Suède, photo prise en 1957

    Traitement épidémique de la grippe asiatique
    Dans un hôpital de Suède, photo prise en 1957

     9. De 1968 à 1970, la grippe de Hong-Kong déferle autour du monde

    La souche de la grippe asiatique a évolué provoquant une nouvelle pandémie meurtrière, la grippe de Hong-Kong.

    Le virus H3N2 se déclare à Hong-Kong. Il traverse d’abord l’Asie puis fin 1968, les États-Unis, et déferle sur l’Europe fin 1969, tuant cette fois dans le monde, environ un million de personnes, selon le bilan de l’O.M.S. Considérée comme la première pandémie de l’ère moderne, la maladie suscite une forte mobilisation internationale, coordonnée par l’O.M.S.

    Dès novembre 1968, des vaccins efficaces sont mis au point.

    10. Apparu dans les années 1920-1950 en Afrique, le Sida est devenu une pandémie depuis les années 1980

    Le 5 juin 1981, l’agence épidémiologique d’Atlanta, aux États-Unis, donne l’alerte.

    Cinq cas de pneumocystose, une maladie rarissime, ont été relevés à Los Angeles.

    On ne parle pas encore de Sida (syndrome d’immunodéficience acquise) pour décrire cette infection inexpliquée, mais plutôt de « gay syndrome », car elle est initialement identifiée chez des homosexuels.

    La pandémie du Sida a débuté à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo entre les années 1920 et 1950, suite à une combinaison de facteurs, dont l’urbanisation rapide, la construction des chemins de fer dans l’ancien Congo belge, ainsi que des changements dans le commerce du sexe, avant de se propager dans le monde en pleine mutation.

    Telles sont les conclusions des chercheurs qui ont reconstitué le cheminement de cette infection responsable de 36 millions de morts, dans une étude parue dans Science, en 2014.

    Le virus VIH1 responsable du Sida est identifié le 20 mai 1983 par l’équipe de l’unité d’oncologie virale de l’Institut Pasteur, dirigée par le professeur Luc Montagnier. Il s’agit d’un rétrovirus présent partout dans le monde.

    Cette pandémie a entraîné près de 75 millions d’infections à ce jour, la plus grande partie en Afrique subsaharienne. Il reste encore sans traitement préventif et a fait plus de 36 millions de victimes.

    Plus près de nous, le virus Zika, Ebola, le SRAS, et maintenant, le Covid-19.

    L’O.M.S. a déclaré le 12 mars 2020 que l’épidémie du Covid-19, qui progresse de façon quasi exponentielle dans le monde depuis fin décembre, pouvait être considérée comme une « pandémie ».

    Comme nous l’avons vu précédemment, cette pandémie est loin d’être la première dans l’histoire de l’humanité…

    Comme celle d’aujourd’hui, les premières grandes pandémies mondiales sont liées à l’essor des échanges commerciaux entre États, entraînant un contact fort entre les populations.

    Au fil des siècles, les épidémies et pandémies ont bouleversé la vie des hommes, redessiné des pans entiers de la société et redéfini les relations humaines. Elles ont aussi fait progresser la science et notre compréhension du vivant.

     

    Texte proposé par Solange Bouvier

    Source : La France Pittoresque et Ouest-France