L’INVENTEUR DE L’OR GRIS, LOUIS VICAT A L’ORIGINE DE LA CASAMAURES

    La Casamaures, « un chef d’œuvre de béton » (visitée le 19 octobre 2019) a été construite entre 1855 et 1867, à Saint-Martin-Le-Vinoux, au bord de l’Isère, par le maître d’oeuvre Aimé Milly-Brionnet pour Joseph Julien dit Cochard.

    C’est un petit palais d’inspiration mozarabe, composé d’une maison d’habitation avec trois façades ornées d’arabesques rehaussées de bleu outremer, de colonnes cannelées, de chapiteaux à feuilles d’eau, de garde-corps aux ajours polylobés, d’un salon d’hiver en bois, de terrasses et jardins exotiques.

    Cette richesse décorative a été permise grâce aux ciments moulés des usines voisines. On doit cette invention à un enfant du pays, l’Isérois Louis Vicat (1786-1861), l’inventeur du ciment artificiel.

    1. La découverte de Louis Vicat

    C’est en cherchant un mortier de pouzzolane capable d’améliorer la construction du Pont de Souillac, qu’il invente une poudre artificielle, le ciment.

    En 1818, il élabore la théorie de « l’hydraulicité » (liant durcissant au contact de l’eau) et détermine les proportions de calcaire et de silice nécessaires à la constitution du ciment artificiel.

    Avant l’invention du ciment moderne, le mélange de chaux, d’argile, de sable ou granulats pour faire un mortier ou un béton afin d’assembler les pierres, remonte d’avant la civilisation romaine, à l’Antiquité grecque voire égyptienne.

    Les ingénieurs et les maçons ont, à maintes fois, essayé de corriger les bétons de chaux, difficiles à maîtriser.

    Pendant des siècles, la qualité de prise des bétons est irrégulière, la manière de tailler les pierres et de les assembler sans mortier reste la seule assurance d’une architecture solide.

    Par sa découverte, Louis Vicat a révolutionné l’assemblage des édifices et ouvrages d’art (exemple, le pont de Souillac).

    Rapidement, de nombreux pays déjà producteurs de chaux, se mettent à faire des chaux hydrauliques artificielles et des ciments prompts naturels.

    Louis Vicat « préférant la gloire d’être utile à celle d’être riche » publia ses travaux en 1818, sans prendre la peine de les faire breveter.

    Il repéra en France plusieurs centaines de carrières à chaux hydraulique et ciments naturels, mais ne fit pas fortune.

    L’anglais, Joseph Aspdin, déposa pour sa part un brevet en 1824 et appela sa chaux hydraulique « ciment portland » pour bénéficier de la réputation des pierres du même nom.

    Dans les pays anglo-saxons, on refuse de reconnaître la primauté des travaux de Vicat.

    A partir de 1840, plus de 60 usines verront le jour en France ; 30 sont dans les environs proches de Grenoble dont celle de la Porte de France à Saint-Martin-Le-Vinoux.

    L’Isère bénéficie de trois atouts : Louis Vicat, qui prodigue ses conseils ; des géologues qui ont une parfaite connaissance du territoire, tel Emile Gueymard ; les Alpes, riches en calcaire.

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    2. Le moulage des pierres factices

    Cette technique du moulage a été empruntée aux sculpteurs.

    L’architecte fait un dessin grandeur nature et le confie au mouleur qui réalise un moule en bois dur ou en zinc ; il en fait plusieurs morceaux afin de permettre le démoulage.

    Pour faciliter cette étape, le moule est badigeonné de savon ou d’un produit gras non tachant ; le béton est ensuite coulé.

    Des artisans rocailleurs ornent les jardins populaires de sculptures, bassins, puits et ponts.

    Moulage en ciment utilisé pour la restauration de La Casamaures
    Moulage en ciment utilisé pour la restauration de La Casamaures

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    3. Le ciment ou « or gris » dans les constructions

    Aujourd’hui, dans ce vaste musée à ciel ouvert, qu’est La Casamaures, le passant se questionne en marchant les yeux levés, scrutant les façades à la recherche d’un savoir-faire perdu. Ces premiers prototypes de préfabriqués sont en fait les derniers témoins de l’art du simulacre en béton, tout à la gloire de la « pierre factice ».

    Vespasienne grenobloise
    Vespasienne grenobloise

    A Grenoble, les pissotières, exécutées en ciment blanc, en forme d’échauguette, furent remarquées par Boris Vian.

    Les constructions, comme l’église Saint-Bruno de Voiron, l’immeuble de l’éléphant à Grenoble, rassemblent toutes les possibilités de décorations en pierres factices, sans oublier les carreaux de ciment pour les intérieurs.

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    Eglise Saint-Bruno à Voiron (Isère)
    Eglise Saint-Bruno à Voiron (Isère)
    Façade de l'immeuble de l'éléphant
    Façade de l'immeuble de l'éléphant

    Depuis le pont de Souillac, premier pont que l’on doit au nouveau matériau découvert par Louis Vicat, le paysage de villes comme Grenoble change avec une rapidité méconnue. Le béton armé révolutionne les principes de l’architecture, exemple la tour Perret en 1925.

    Pont de Souillac sur la Dordogne
    Pont de Souillac sur la Dordogne

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    La Tour Perret à Grenoble
    La Tour Perret à Grenoble
    Détail de façade de La Casamaures
    Détail de façade de La Casamaures

    L’esthétique du béton brut est représentative des J.O. de 1968 et depuis les années 1980, des ciments ultra-performants repoussent les limites techniques.

    Les bétons colorés sont à la mode aujourd’hui et les cimentiers relèvent le défi de la qualité environnementale.

    Texte proposé par Claudine Proriol