LES PEREGRINES, LES OUBLIEES DU MOYEN AGE

    Le 27 novembre 1095, le pape Urbain II prêche la première croisade avec ces mots, « A tous ceux qui y partiront et qui mourront en route, que ce soit sur terre ou sur mer, ou qui perdront la vie en combattant les païens, la rémission de leurs pêchés leur sera accordée’’.

    La croisade se veut un pèlerinage en armes car il s’agit de rétablir l’accès de Jérusalem aux pèlerins chrétiens qui souhaitent se recueillir devant le tombeau du Christ et la Sainte-Croix. Le prêche du pape s’applique à toutes les classes sociales riches ou pauvres.

    En cette époque de foi et de violence, c’est aux cris de « Dieu le veut ! » que la foule répond avec enthousiasme à l’appel du Pape. Femmes, hommes et enfants, prennent la route à travers l’Europe ; il y aura la croisade des pauvres et la croisade des chevaliers.

    Ainsi, une multitude de femmes, de toutes conditions sociales, s’engagent dans les rangs des croisés ; femmes nobles accompagnant leurs époux, à cheval ou en litière et les plus nombreuses – cuisinières, lavandières, prostituées, etc. – cheminant à pied.

    Elles furent les aventurières de Dieu, appelées aussi les pérégrines.

    LES FEMMES AU MOYEN AGE

    ‘‘Lors des grands siècles médiévaux (du 11e au 14e), Dieu est au centre du monde.

    En ces temps de courtoisie, la femme détient des droits et pouvoirs qu’elle perdra par la suite et qui lui donnent, dans la société médiévale, un rôle éminent.

    Majeure à douze ans – les hommes le sont à quatorze– elle reçoit, en classe, un enseignement comparable à celui donné aux garçons.

    Elle peut ensuite exercer presque tous les métiers, sauf ceux qui demandent une force musculaire qu’elle n’a pas, mais il se trouve des femmes physiciennes, miresses (médecins, chirurgiens), apothicaires, changeresses, orfèvres, enseignantes, trouvères, écrivains publics, drapières, armateurs, enlumineuses, tisserandes, gantières, étuveresses …

    Avec l’abandon du droit romain, toujours misogyne, les choses ont changé. La chute de l’Empire romain d’Occident au 5e siècle a entraîné dans notre pays, une reprise du droit coutumier d’origine celtique.

    Or chez les Celtes, les hommes et les femmes étaient en égalité parfaite devant la loi, d’où une transformation du sort de nos aïeules.

    Elles peuvent désormais tester (rédiger son testament), hériter, gérer leur fortune sans avoir à demander l’avis du père ou du mari et même se marier sans le consentement de ses parents, voter pour élire un représentant de leur commune aux états généraux ou dans le cadre de leur corporation.

    Elles occupent une place entière et reconnue dans la société et ceci jusqu’au 16e siècle, époque qui supprimera ces prérogatives et verra la reprise du droit romain.

    RAYONNEMENT DE L’EPOQUE MÉDIÉVALE

    Pendant des siècles, on a cru que le Moyen Age (soit mille ans de notre histoire), n’avait été qu’une époque obscure et malheureuse ; il faut nous rendre ce passé si riche en situations, caractères, événements et en restituer le rayonnement.

    Le calme et l’équilibre de cette période, économiquement prospère, a conduit nos ancêtres à la recherche d’un nouvel art de vivre et d’aimer.

    Ils le trouvent alors dans l’éclosion de l’amour courtois, véritable révolution des mœurs. Parmi les causes de cette immense transformation, les conséquences de la première croisade tiennent une place prépondérante.

    DIEU LE VEUT !

    C’est à cette époque qu’apparaissent les pérégrines, en langue d’Oc, équivalent des pèlerines, en langue d’Oil.

    A la fin du 11e siècle, on ne disait pas croisade mais pèlerinage pour parler de la prodigieuse aventure qui allait jeter, durant trois ans, une foule en marche vers la délivrance du tombeau du Christ.

    Depuis neuf-cents ans que s’est produit un déplacement de foule, qui n’a guère d’exemple dans l’histoire de l’humanité, personne, jamais, n’a songé à évoquer la présence de dizaine de milliers de femmes sur le chemin de Jérusalem !

    On a souvent parlé de cette première croisade, mais pour évoquer les hommes, de préférence les chevaliers, qui s’en étaient allés en laissant leurs femmes derrière eux…Mais de toutes celles, mères, épouses, sœurs, filles, qui les avaient accompagnés, pas un mot, aucune trace !

    On ne sait pas exactement quel était leur nombre ; les historiens estiment entre trois cents et six cent mille le nombre de pèlerins embarquer, sur des nefs incertaines, pour gagner Constantinople (lieu de rassemblement) dont une grande partie de femmes.

    Aux cris de Dieu le veut ! des familles entières (hommes, femmes, enfants, malades, vieillards) ont quitté leur pays, leur ville, leur village, leur métier, leurs parents, leurs maisons, pour partir avec les soldats avec cette admirable conviction que la prière était toute puissante et qu’ils seraient exaucés.

    « Ils se battront avec leurs épées, disaient les pèlerins, nous nous battrons avec nos prières ».

    Suite du texte en haut à droite

    UNE SOIF DE L’ABSOLU

    En dépit des tentations offertes par des terres à prendre et des fiefs à établir, en dépit de la faim, de la soif, des combats, de la mort, elles sont parties, ont marché, lutté ; elles ont atteint leur but parce qu’elles vivaient en un temps prodigieux de miracles, de signes et que Dieu était toujours là, parmi eux, pour leur montrer le chemin, vers cette quête du Graal au féminin.

    Ce don des femmes durant ce long cheminement est capital.

    Ce sont elles qui font de cette croisade, un vrai pèlerinage.

    Ce sont elles qui organisent la vie de tous les jours, qui soignent les blessés sous les tentes-hôpitaux, qui nourrissent et vêtent les hommes.

    Ce sont toujours elles qui apportent l’amour, sous toutes ses formes, que ce soit la tendresse de certaines ou la passion déchaînée des autres. Ce sont enfin elles qui galvanisent le courage de ceux qui se battent contre les Trucs.

    Elles criaient : ‘‘ Dieu le veut ! Dieu le veut ! Dieu aide’’ et leurs voix encourageaient la fougue des guerriers et les soutenaient pendant les dures batailles.

    Les écrits des chroniqueurs qui participaient à la première croisade, parlent des robes claires des femmes qui couraient autour des combattants allant même jusqu’à poursuivre les déserteurs pour les ramener sur le champ de bataille ou encore pour creuser un fossé en évacuant les déblais dans leurs jupes pour faire tomber une tour d’enceinte…

    Mais elles ne seront pas plus épargnées que les hommes par les combats ou par les famines ; elles seront tuées ou faites prisonnières par centaines, voire réduites à l’esclavage lors de la chute des Etats de Terre sainte’’.

     

    Réhabilitons ces femmes oubliées pendant des siècles et rendons leur la part de gloire et de douleur qui leur revient.

    Extraits du livre de Jeanne Bourin, Les Pérégrines,
    proposés par Claudine Proriol

    Florine de Bourgogne participe à la première croisade
    avec son époux
    Illustration de Gustave Doré

    Suite du texte en haut à droite

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