OBJETS ET TRADITIONS : DES PETITS CLOUS QUI VALENT BEAUCOUP !

    OBJETS ET TRADITIONS

    DES PETITS CLOUS QUI VALENT BEAUCOUP !

    Inventé au 4e siècle avant Jésus-Christ, soit durant le second âge du fer, le clou a toujours possédé la même fonction première : assembler des éléments organiques tels que le bois.

    Au Moyen Age, les clous étaient fabriqués à la main par les cloutiers qui étiraient des tiges de fer dans différents orifices de diamètre décroissant.

    À l’époque, les clous étaient des objets onéreux, c’est pourquoi les charpentiers notamment leur préféraient les chevilles en bois.

    Quant à sa forme, elle n’a évolué qu’une seule fois. Durant des millénaires, les artisans forgent le fer en le frappant, ce qui donne à la tige du clou de multiples facettes.

    Lors de la révolution industrielle, des systèmes de production mécaniques permettent la création d’une tige circulaire.

    La forme du clou connue de nos jours, bien que passablement récente, évince alors totalement celle des temps passés.

    Les premières machines à fabriquer les clous furent brevetées en 1786 aux États-Unis par Ezekial Reed et en 1790 au Royaume-Uni par Thomas Clifford.

    C’est dans l’Oise, à Creil, que se trouve une des dernières usines françaises en activité, qui ne fabrique pas moins de 2800 références de clous forgés depuis plus de 130 ans.

    Ce sont 325 machines, fabriquées entre 1888 et 1925, noires, luisantes de graisse, qui avalent les bobines de fil et les recrachent en clous ; elles sont bichonnées par une vingtaine de pointiers.

    Chaque métier a son clou : la semence des tapissiers, les carvelles en acier galvanisé pour les bateaux (cf. l’Hermione), les clous spéciaux pour attacher les bouchots (conchyliculture ou élevage des coquillages), des pointes en aluminium qui ne rouillent pas et n’abîment pas l’écorce des arbres pour les forestiers, etc.

    DES MOTS ET EXPRESSIONS LIES AU CLOU

    Moucher un clou : aplatir (épointer) légèrement la pointe d’un clou pour lui permettre de pénétrer le bois sans l’éclater.

    Clouage ou clouement : action ou manière de clouer.

    Cloutage : par exemple la manière de fixer le fer à la corne du pied d’un cheval. Décoration faite à l’aide de clous dont les têtes forment un dessin harmonieux.

    Clouter : dans un article de presse ou un reportage, écrire une partie de manière extrêmement claire et détaillée afin d’éviter une difficulté de compréhension sur un point complexe.

    Être cloué sur place ou cloué au lit : être immobilisé quelque part ou au lit.

    Maigre comme un clou.

    Suite du texte en haut à droite

    Un clou chasse l’autre : un ennui est chassé par un autre.

    Enfoncer le clou : exagérer un fait ou une situation.

    Le clou de la fête : (ou du salon, de la soirée) événement marquant dans une situation.

    Vieux clou : chose qui a perdu toute sa valeur (vieux vélo ou vieille auto)

    Compter les clous de la porte : attendre derrière une porte.

    Planter son clou : asseoir sa situation, s’établir définitivement quelque part.

    River son clou à quelqu’un ou lui clouer le bec : lui répondre de manière qu’il n’ait aucune réplique à faire.

    Clou de rue : affection au pied d’un cheval causée par un clou perdu sur la chaussée.

    Suspendre un objet au clou : se débarrasser d’un objet en l’abandonnant ou en l’accrochant derrière une porte.

    Être au clou : prendre des jours de salle de police ou de prison pour un militaire.

    Passage clouté : passage piéton de nos villes qui, à une certaine époque, était délimité par de gros clous à tête ronde

    Être dans les clous : être conforme à la règle ou la loi

    Clou en médecine désigne un abcès ou un furoncle.

    Être cassé comme un clou : expression du Québec voulant dire ‘’on n’a plus un sou’’.

    Planter des clous : se dit quand on pique du nez, soit quand on s’endort, au Canada.

    DES ANECDOTES LIEES AU CLOU

    Pour la crucifixion de Jésus, les Romains auraient utilisé Les clous sans tête de l’époque, alors que les peintres ou sculpteurs ont toujours peint cette scène avec des clous à tête forgée.

    Les premiers explorateurs qui débarquèrent en Amérique apportèrent dans leurs bagages du matériel de construction où figuraient également les clous.

    Les Indigènes, qui avaient l’habitude de construire leurs cases avec une ossature bois liée, trouvèrent l’utilisation des clous beaucoup  plus pratique et échangèrent ceux-ci contre des objets ou bijoux en métal précieux.

    Mais, lorsque l’objet d’échange était considéré de peu de valeur, les Conquérants rétorquaient : ‘‘ça ne vaut pas un clou ! ‘’.

    Au Mont de Piété, à Paris, aujourd’hui le Crédit municipal, on prêtait sur gage et l’objet était accroché à un clou. Lorsque l’objet était sans valeur, il ne valait pas un clou.

    Les arbres à clous, encore visibles çà et là dans les campagnes :  on frottait un bouton (furoncle ou abcès) avec un clou qui était ensuite planté dans un arbre pour en évacuer la douleur.

    Attention à ne pas confondre clouer et clouter, le premier désignant l’action de fixer avec des clous, le second de garnir (décorer) avec des clous.

    Et maintenant à vous de planter des clous, mais …

    Texte proposé par Claudine Proriol
    Source : Revue Notre Temps Jeux